La dentelle de Dentelle de Calais-Caudry® à l’honneur à Moscou

Publié le : 23/11/2016 16:39:30
Catégories : Dentelle, Dentelles...

Anne-Claire Laronde, conservatrice de la Cité internationale de la dentelle et de la mode, à Calais, était à Moscou, début novembre, à l’occasion d’une exposition sur la dentelle de haute couture.Elle revient, pour Le Courrier de Russie, sur le croisement franco-russe dans le domaine de la dentelle d’hier et d’aujourd’hui.

Propos recueillis parJunzhi Zheng Junzhi Zheng — 

Le Courrier de Russie : Quel rôle la Cité internationale de la dentelle et de la mode de Calais jouait-elle dans cette exposition à Moscou ?

Anne-Claire Laronde : Notre musée a prêté huit échantillons de dentelle, deux films, une quinzaine de photos et des textes au Musée des arts décoratifs de Russie, qui accueillait l’événement. Puis, nous avons conçu ensemble une petite section de l’exposition, pour expliquer aux visiteurs les différences entre la dentelle de Calais-Caudry et celle de production russe.

LCDR : Quelles sont ces différences ?

A.-C. L. : La dentelle de Calais-Caudry est une dentelle mécanique, fabriquée exclusivement sur des métiers Leavers. C’est la dentelle la plus sophistiquée produite sur machine. Elle permet une très importante variété de dessins et de motifs de très grande taille. Depuis 200 ans, c’est la dentelle qui engendre le plus de créativité au niveau du design artistique. La dentelle russe, elle, est manuelle, produite par des dentellières. Les motifs aussi sont différents : ceux de la dentelle mécanique suivent la mode vestimentaire de leur temps et s’adaptent aux diverses évolutions stylistiques, quand ceux de la dentelle à la main demeurent assez conservateurs, inspirés par des modes datant même d’avant le XIXe siècle.

LCDR : La présence de dentelle de Calais-Caudry en Russie est-elle historique ?

A.-C. L. : Au cours de ce bref séjour à Moscou, j’ai appris que la Russie était le plus gros marché de la dentelle au XIXe siècle. La plupart des volants et des rubans de dentelle qui ornaient les tenues des aristocrates, dont on peut voir aujourd’hui des modèles dans les musées, étaient fabriqués à Calais, à Caudry ou à Lyon – les trois principaux centres de production en France –, ainsi qu’à Nottingham, où la dentelle mécanique a été inventée. Mais le marché russe a reculé après la révolution de 1917 et la Première Guerre mondiale.

LCDR : Qu’est-ce qui vous a le plus marquée, parmi les collections exposées ?

A.-C. L. : J’ai été très impressionnée par les chefs-d’œuvre de la dentelle soviétique présentés à l’exposition. Il s’agissait de très grandes pièces de dentelle destinées à orner les murs. Elles étaient réalisées par des dentellières qui visaient des tailles record. Techniquement, ces pièces ne sont pas compliquées, mais j’ai été frappée par le côté « performance », caractéristique de l’histoire de l’Union soviétique.

LCDR : Quel retour avez-vous eu sur la dentelle de Calais-Caudry au cours de votre séjour en Russie ?

A.-C. L. : J’ai reçu un accueil particulièrement chaleureux, comme nulle part ailleurs. Bien souvent, dans ces rassemblements de dentellières à la main, on sent un réel rejet de la dentelle mécanique, mais à Moscou, j’ai senti un intérêt sincère pour la production de Calais-Caudry. Je dirai même que nous avons eu un véritable dialogue.

Exposition sur la dentelle de haute couture

Dentelle russe à l’exposition sur la dentelle de haute couture à Moscou. Crédits : Musée des arts décoratifs de Russie.

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